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Cinéma

Pourquoi le cinéma d’horreur est à nouveau à la mode ?

today25 septembre 2026

Arrière-plan
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Avec le carton de Resident Evil au box-office, l’horreur s’offre une nouvelle démonstration de force. Mais derrière le succès du dernier film de Zach Cregger se dessine un mouvement plus profond. Depuis plusieurs saisons, le genre s’impose comme l’un des rares territoires où Hollywood ose encore miser sur des idées neuves, des réalisateurs inconnus et des budgets loin des standards des blockbusters.

Il aura fallu trois jours à Resident Evil pour battre un record vieux de seize ans. Le nouveau film réalisé par Zach Cregger a récolté 60 millions de dollars aux États-Unis et au Canada pour son premier week-end, soit le meilleur démarrage de l’histoire de la franchise. À l’international, il ajoute 48,3 millions de dollars, portant son lancement mondial à 108,3 millions. Le film avait coûté environ 75 millions de dollars hors marketing.

Le chiffre est d’autant plus remarquable que la saga n’en est pas à son premier carnage. Depuis 2002, Resident Evil avait déjà connu sept adaptations cinématographiques. Jusqu’ici, le meilleur démarrage américain appartenait à Resident Evil: Afterlife, sorti en 2010, avec 26,6 millions de dollars. Le nouveau film a donc plus que doublé ce record.

Mais ce succès ne repose pas uniquement sur le nom Resident Evil. Derrière la caméra se trouve Zach Cregger, réalisateur de Barbarian et de Weapons, deux films d’horreur qui ont contribué à faire de lui l’un des nouveaux noms à suivre du genre. Son précédent film, Weapons, avait rapporté environ 270 millions de dollars dans le monde pour un budget de 38 millions. Barbarian, lui, avait dépassé les 46 millions avec moins de 5 millions de dollars de budget.

En quelques années, Cregger est ainsi passé du cinéma d’horreur indépendant à l’une des franchises les plus connues du monde. Et ce parcours raconte peut-être mieux que n’importe quel chiffre ce qui est en train de changer.

Le genre qui coûte moins cher…et rapporte beaucoup

L’horreur possède une qualité particulièrement précieuse pour les studios : elle n’a pas besoin de coûter 200 millions de dollars pour devenir un événement. Pas nécessairement de superstar à plusieurs dizaines de millions, peu d’effets numériques comparés aux mastodontes Marvel, et des décors souvent limités. Une maison, une forêt, quelques inconnus inquiétants et une bonne idée peuvent parfois suffire.

C’est ce qui rend les réussites du genre particulièrement spectaculaires. En 2025, Sinners, de Ryan Coogler, a ainsi rapporté près de 370 millions de dollars dans le monde pour un budget d’environ 90 millions. Weapons, lui, a terminé sa carrière autour de 270 millions pour 38 millions de budget.

Pour les studios, l’équation est séduisante : le risque financier reste plus limité que sur un blockbuster traditionnel, tandis que le potentiel de surprise est immense.

Et l’année 2026 vient encore de le démontrer. Selon les données rapportées par l’Associated Press, les films d’horreur ont déjà généré plus de 1,1 milliard de dollars au box-office domestique américain cette année.

Une génération élevée sur Internet

Le phénomène le plus intéressant se trouve peut-être du côté de ceux qui fabriquent ces films.

En mai, Backrooms a créé la surprise en réalisant 118 millions de dollars dans le monde dès son premier week-end. Produit par A24 pour environ 10 millions de dollars, le film est adapté de l’univers imaginé en ligne par Kane Parsons. À seulement 20 ans au moment de sa sortie, le réalisateur est devenu le plus jeune cinéaste à placer un film en tête du box-office mondial.

Quelques semaines plus tôt, Obsession, réalisé par le jeune créateur YouTube Curry Barker, avait lui aussi créé la surprise. Le film venait directement de l’écosystème Internet, loin des circuits traditionnels de Hollywood.

Le cas Backrooms est révélateur : son univers était déjà connu d’une génération qui avait découvert ces histoires sur YouTube, Reddit ou TikTok avant même qu’Hollywood ne s’en empare. Le cinéma n’a donc pas toujours besoin de créer une communauté à partir de zéro. Il peut désormais transformer une culture née sur Internet en phénomène de salle.

C’est une évolution importante. Pendant longtemps, Hollywood envoyait ses productions vers Internet. Avec l’horreur, le mouvement peut fonctionner dans l’autre sens.

Faire peur pour parler du présent

Si l’horreur revient si régulièrement sur le devant de la scène, ce n’est pas uniquement parce qu’elle est rentable.

Le genre possède aussi une liberté que beaucoup d’autres films ont perdue. Il permet de parler de la solitude, de la violence, de la famille, du corps, de la technologie ou de nos angoisses collectives sans nécessairement les traiter frontalement.

Weapons, Sinners ou Obsession ne racontent pas la même chose et ne cherchent pas à produire la même peur. Mais chacun utilise le genre pour déplacer une inquiétude bien réelle dans un territoire fantastique.

Cette capacité à transformer une anxiété contemporaine en spectacle n’est d’ailleurs pas nouvelle. L’histoire du cinéma montre régulièrement que l’horreur prospère dans les périodes de tensions sociales. Une analyse publiée par The Guardian relevait ainsi une progression de 22 % du box-office de l’horreur au Royaume-Uni et en Irlande en 2025, après une année 2024 beaucoup plus faible. Cinq films d’horreur avaient alors dépassé les 10 millions de livres de recettes, contre aucun l’année précédente.

Surtout, un cinéma qui donne envie de sortir

Il y a enfin une raison beaucoup plus simple au succès de l’horreur : elle fonctionne particulièrement bien en salle.

Un film d’horreur se regarde différemment seul dans son salon et au milieu de 200 personnes. Un silence collectif, un sursaut qui traverse toute une salle, quelques rires nerveux : la peur devient une expérience partagée.

C’est peut-être là que le genre trouve aujourd’hui une partie de sa force. Alors que les plateformes rendent accessibles presque immédiatement des milliers de films, l’horreur conserve quelque chose de profondément physique. Elle réclame une salle obscure, un grand écran et, idéalement, quelques inconnus prêts à sursauter au même moment.

Écrit par: Camille SANTOS