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Cinéma

Les films étaient-ils vraiment meilleurs avant ?

today11 octobre 2026

Arrière-plan
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Des scénarios plus audacieux, des acteurs inoubliables, moins de suites et davantage de films qui osent sortir des sentiers battus… Le cinéma d’autrefois semble avoir tout pour faire rêver les nostalgiques. À l’inverse, Hollywood paraît aujourd’hui obsédé par les franchises et les recettes éprouvées. Mais cette impression résiste-t-elle à l’épreuve des faits ? Entre nostalgie, évolution des goûts et transformation de l’industrie, le débat mérite mieux qu’un simple « c’était mieux avant ».

Il suffit de discuter cinéma quelques minutes pour entendre la phrase : « Aujourd’hui, on ne fait plus de films comme avant. » On pense à Le Parrain, Pulp Fiction, Les Affranchis ou Retour vers le futur. On se souvient de personnages devenus mythiques, de répliques cultes et de films qui continuent de traverser les générations. Puis on regarde les sorties actuelles, les suites à répétition et les univers cinématographiques qui semblent ne jamais vouloir s’arrêter. Et l’on se demande ce qui a bien pu changer.

Pourtant, comparer les époques n’est pas si simple. Car nous avons tendance à opposer les meilleurs films du passé aux productions récentes qui nous ont déçus. Nous oublions les navets d’hier et jugeons parfois trop vite les œuvres d’aujourd’hui. Alors, le cinéma a-t-il réellement perdu de sa superbe, ou sommes-nous simplement devenus nostalgiques ?

Avant, les histoires passaient avant le spectacle

C’est sans doute le reproche le plus fréquent adressé au cinéma contemporain : à force de vouloir impressionner, il aurait oublié de raconter.

Dans Les Dents de la mer, Steven Spielberg ne montre pas constamment son requin. Il le suggère, le fait attendre et laisse l’imagination du spectateur faire le reste. Dans Alien, Ridley Scott transforme un vaisseau spatial en piège claustrophobique. Quant au Parrain, il construit une tragédie familiale à travers des silences, des regards et des dialogues qui en disent parfois davantage que de longues scènes d’action.

Ces films font confiance au public. Ils savent ralentir, installer une atmosphère et laisser une scène respirer.

À l’inverse, certains blockbusters actuels semblent craindre le moindre temps mort. Les scènes s’enchaînent, les dialogues expliquent ce que l’image vient de montrer et les séquences post-générique annoncent déjà le prochain épisode. Le film ne doit plus seulement raconter une histoire : il doit aussi préparer une suite, entretenir un univers et fidéliser les spectateurs.

Le problème n’est évidemment pas le spectacle en lui-même. Le cinéma a toujours cherché à impressionner. Mais lorsque les effets visuels prennent le dessus sur les personnages, le résultat peut manquer de profondeur. Une explosion spectaculaire ne remplace pas une émotion, et un retournement de situation ne suffit pas à rendre une histoire intéressante.

Faut-il pour autant conclure que les scénarios étaient systématiquement meilleurs avant ? Certainement pas. Le cinéma d’autrefois a lui aussi produit des histoires convenues, des dialogues artificiels et des films oubliés dès leur sortie.

Et le cinéma actuel sait encore raconter. Past Lives explore avec délicatesse les vies que nous n’avons pas vécues. Anatomie d’une chute transforme un procès en réflexion sur le couple et la vérité. The Banshees of Inisherin raconte une rupture amicale avec une absurdité aussi drôle que cruelle.

Les bonnes histoires n’ont pas disparu. Elles doivent simplement se faire une place dans un paysage où le spectaculaire attire souvent davantage l’attention.

Hollywood a-t-il perdu le goût du risque ?

Sur ce point, les nostalgiques ont des arguments solides. Les grandes franchises occupent aujourd’hui une place considérable dans la stratégie des studios. Lorsqu’un film coûte des centaines de millions de dollars, miser sur un personnage connu paraît moins risqué que lancer une histoire entièrement originale.

Les suites et les remakes n’ont pourtant rien de nouveau. Hollywood a toujours cherché à prolonger ses succès. Mais la logique industrielle semble désormais pousser certaines productions à s’inscrire dans des univers toujours plus vastes. Pourquoi conclure une histoire quand il est possible de la prolonger ? Pourquoi miser sur un personnage inconnu quand une marque déjà populaire dispose d’un public fidèle ?

Dans les années 1970, des réalisateurs comme Martin Scorsese et Francis Ford Coppola ont contribué à imposer un cinéma américain plus personnel, parfois sombre et inconfortable. Taxi Driver, Apocalypse Now ou Conversation secrète n’avaient pas besoin de rendre leurs personnages sympathiques ni de rassurer le spectateur à chaque étape.

Le cinéma contemporain n’a toutefois pas renoncé à l’audace. Get Out a mêlé horreur et satire sociale, Everything Everywhere All at Once a transformé le multivers en expérience aussi déjantée qu’émouvante, et The Substance a utilisé le body horror pour attaquer l’obsession de la jeunesse et de la beauté.

Ces films prouvent que l’originalité reste possible, même dans une industrie très commerciale.

Le problème est peut-être moins le manque d’idées que la difficulté à les financer et à les rendre visibles. Les studios ne produisent pas uniquement des films : ils investissent dans des projets dont ils attendent une rentabilité élevée. Dans ce contexte, le risque artistique peut rapidement devenir un risque financier.

Les acteurs d’avant étaient-ils vraiment meilleurs ?

Marlon Brando, Katharine Hepburn, Jean-Paul Belmondo, Romy Schneider ou Jack Nicholson ont laissé des interprétations qui semblent aujourd’hui indissociables de l’histoire du cinéma. Leurs visages sont devenus des références, leurs gestes sont reconnaissables entre mille.

Face à eux, les acteurs contemporains peuvent parfois sembler moins iconiques. Mais cela signifie-t-il qu’ils sont moins talentueux ?

Pas vraiment. Cate Blanchett, Joaquin Phoenix, Olivia Colman, Isabelle Huppert ou Daniel Day-Lewis ont démontré une capacité remarquable à se transformer. Plus récemment, Paul Mescal dans Aftersun, Timothée Chalamet dans Call Me by Your Name ou Sandra Hüller dans Anatomie d’une chute ont proposé des interprétations particulièrement marquantes.

La différence tient aussi à la manière dont la célébrité fonctionne. Autrefois, quelques grands studios et médias concentraient davantage l’attention autour d’un nombre limité de stars. Aujourd’hui, le public est dispersé entre le cinéma, les séries, la musique et les réseaux sociaux. Les visages célèbres sont plus nombreux, mais il est plus difficile qu’un seul acteur rassemble toutes les générations autour de lui.

Le talent n’a donc pas disparu. Ce qui s’est peut-être fragilisé, c’est la capacité d’un film à créer une icône commune, immédiatement reconnaissable par presque tout le monde.

Le cinéma d’aujourd’hui est-il plus ouvert ?

C’est l’un des aspects les plus souvent oubliés lorsque l’on idéalise le passé. Le cinéma classique a produit des chefs-d’œuvre, mais il a aussi longtemps privilégié certains points de vue. Les femmes étaient fréquemment cantonnées à des rôles secondaires, tandis que les minorités et les histoires queer restaient largement sous-représentées.

Le cinéma contemporain n’a évidemment pas réglé tous ces problèmes. Mais des films comme Moonlight, Portrait de la jeune fille en feu, Minari ou Rocks ont contribué à élargir les histoires racontées à l’écran.

Cette évolution ne garantit pas automatiquement la qualité d’un film. Une œuvre ne devient pas bonne simplement parce qu’elle représente une réalité peu visible. Mais multiplier les voix permet de renouveler les personnages, les récits et les perspectives.

Le passé avait ses limites, parfois profondément ancrées dans les habitudes de l’industrie. Le cinéma d’aujourd’hui a au moins la possibilité de les remettre en question, même si les progrès restent inégaux.

Un cinéma plus rapide, des spectateurs plus impatients

Le rythme a lui aussi changé. Les montages sont souvent plus nerveux, les plans plus courts et les images plus chargées en mouvement. Une étude universitaire portant sur 160 films anglophones sortis entre 1935 et 2010 a notamment observé une diminution de la durée moyenne des plans. Cette évolution ne prouve pas que les films sont devenus moins bons, mais elle témoigne d’une transformation du langage cinématographique.

Un montage rapide peut être brillant. Mad Max: Fury Road en est la démonstration : malgré son action quasi permanente, le film reste remarquablement lisible. Le mouvement est pensé, organisé, chorégraphié.

La difficulté apparaît lorsque la vitesse devient une obligation. Certaines productions semblent incapables de laisser une scène durer sans ajouter une plaisanterie, une révélation ou un nouveau rebondissement. Comme si le spectateur risquait de décrocher dès que l’image cesse de bouger.

Notre environnement y est sans doute pour quelque chose. Entre les plateformes, les notifications et l’abondance des contenus, l’attention est devenue une ressource très sollicitée. Les films doivent parfois convaincre dès les premières minutes.

Pourtant, le public n’a pas perdu sa capacité à apprécier la lenteur. Perfect Days, de Wim Wenders, trouve sa beauté dans les gestes quotidiens et les silences. Past Lives laisse aux regards et aux non-dits le soin de raconter une histoire. Ces films prouvent qu’il reste une place pour un cinéma qui prend son temps.

Tout dépend donc moins de la vitesse que de son intention. Un film n’a pas besoin d’être lent pour être profond, ni rapide pour être superficiel.

On n’a jamais eu autant de films, mais les voit-on vraiment ?

C’est peut-être là que se trouve une partie du problème. Les grandes franchises dominent les campagnes publicitaires, les conversations en ligne et les sorties les plus médiatisées. Pendant ce temps, des films plus modestes peinent parfois à trouver leur public.

Pourtant, le cinéma français reste particulièrement diversifié. Selon le Centre national du cinéma, 812 films sont sortis en première exclusivité en France en 2025, soit une hausse de 9,3 % par rapport à l’année précédente. Ce chiffre ne signifie pas que tous étaient audacieux ou accessibles, mais il rappelle que le cinéma ne se résume pas aux quelques productions omniprésentes.

Le streaming a rendu une immense quantité d’œuvres accessibles depuis chez soi. Mais disponibilité ne signifie pas visibilité : un film peut être présent sur une plateforme sans que personne n’en parle.

Le paradoxe est là. Nous avons accès à plus de films que jamais, mais nous pouvons avoir l’impression de toujours voir les mêmes. Les productions les plus visibles ne représentent pas nécessairement la diversité de ce qui se crée.

Et puis, nous oublions un détail essentiel : les classiques que nous admirons aujourd’hui ont bénéficié du temps pour construire leur réputation. Nous savons désormais quels films ont marqué leur époque. Pour les œuvres récentes, le tri ne fait que commencer.

Alors, c’était mieux avant ?

La réponse dépend finalement de ce que l’on regrette.

Si l’on parle de la place accordée à certaines histoires originales dans le cinéma commercial, de la liberté de quelques grands cinéastes ou de la tendance actuelle à tout transformer en franchise, la nostalgie n’est pas sans fondement. Les contraintes économiques peuvent réellement limiter la prise de risque.

Mais affirmer que les acteurs étaient tous meilleurs, que les scénarios étaient systématiquement plus intelligents ou que le cinéma contemporain n’a plus rien à offrir, c’est confondre une époque avec ses meilleurs souvenirs.

Nous comparons les films qui ont survécu à l’épreuve du temps à ceux que nous venons de découvrir. Nous avons oublié les productions médiocres d’hier, tandis que les déceptions d’aujourd’hui sont encore fraîches dans notre mémoire. Et nous ignorons quels films récents seront considérés comme des classiques dans vingt ans.

Le cinéma n’a jamais été une seule chose. Il peut être spectaculaire ou contemplatif, populaire ou expérimental, léger ou profondément politique. Aucune époque n’a le monopole de l’émotion, de l’inventivité ou du génie.

Les films d’hier ont leurs chefs-d’œuvre. Ceux d’aujourd’hui aussi. La vraie difficulté est peut-être de regarder au-delà des titres que tout le monde connaît, de chercher les œuvres qui nous surprennent et de ne pas confondre la domination des franchises avec la disparition de la créativité.

Les grands films n’ont jamais été majoritaires. Ils ont simplement cette capacité rare de nous faire croire, le temps d’une séance, que le cinéma n’a jamais été aussi beau.

Charles Tawn – Shining – TMDB

Écrit par: Camille SANTOS